Gare de Tozeur

Emplacement

Tozeur, Tunisie

Année de construction

1910-1912

Architectes et artistes

Pucciarelli Almo (?-1951?)

Photographies contemporaines

Histoire

L’histoire de la construction de la gare de Tozeur est indissociable de celle de la Compagnie des phosphates et du chemin de fer de Gafsa , une entreprise coloniale fondée en 1896 pour exploiter les gisements de phosphates de la région de Metlaoui dans le sud tunisien[1]. Après avoir réalisé en 1899 la ligne Gafsa-Sfax qui permettait d’acheminer le minerai vers la Méditerranée, la compagnie signe en 1904 une convention avec le gouvernement tunisien pour étudier son prolongement jusqu’aux oasis du Djérid qui sont, selon elle, « le centre de population le plus important de l’intérieur de la Tunisie, et qui attireront, sans aucun doute, de nombreux touristes et hiverneurs ». Dans son assemblée générale de mai 1910, la Compagnie rend compte de l’avancement de la ligne entre Metlaoui et Tozeur dont le projet vient d’être approuvé par la direction générale des Travaux publics et dont le chantier va commencer[2].

Pour réaliser cet équipement public, le gouvernement a en effet eu recours au financement par l’entreprise privée qui serait ensuite remboursée par l’exonération de ses redevances minières.

La date de lancement des travaux de la gare n’est pas connue avec précision mais elle peut être estimée aux environs de 1910. Le bâtiment est achevé peu avant l’ouverture de la ligne, en 1913, comme l’atteste le compte-rendu de la visite des membres de l’Association française pour l’avancement des sciences qui découvrent alors « la gare de Tozeur en mosaïque de briques de différentes couleurs dans le vif éclat du neuf. »[3]

Probablement conçu par les ingénieurs de la Compagnie, le bâtiment s’inscrit dans la typologie courante des gares rurales du réseau ferroviaire français dont le programme type comprend le hall des billets, le service des bagages, la salle d’attente et le logement du chef de gare. Comme la gare de Sfax, bâtie à la fin du XIXe siècle, la construction est de composition symétrique, avec un large pavillon central et deux ailes étroites, le tout couvert en toit-terrasse. Mais à l’inverse de Sfax, le corps central est à deux niveaux tandis que les ailes sont à simple rez-de-chaussée.

Le bâtiment, épuré et fonctionnel, se distingue aussi par la nature des matériaux et du décor de ses façades qui, comme parfois dans l’architecture ferroviaire du tournant du XXe siècle, s’inspire de l’architecture locale. Ce courant régionaliste s’exprime ici par l’utilisation d’une technique de construction en briques de terre cuite, nommée škûka, qui consiste à réaliser un parement décoratif du mur en assemblant les briques selon plusieurs motifs : en bandeaux horizontaux avec des dispositions en denticules ou en chevrons, en réseaux losangés organisés en tables autour des baies.

Cette réinterprétation de l’architecture traditionnelle de la région du Djérid[4] se démarque du style néo-mauresque de l’époque où les motifs sont empruntés aux divers courants des arts de l’islam sans souci de cohérence avec les motifs locaux. Le décor n’échappe cependant pas totalement aux poncifs du style néo-mauresque de Tunisie : le décor de céramique des parois du vestibule, à l’arrière de la triple arcature de l’entrée, s’apparente à celui des maisons citadines des villes du nord, il en va de même des puissantes corniches de couronnement couvertes de tuiles vernissées.

Le style que l’on peut qualifier de « néo-djéridien », sera utilisé dans plusieurs bâtiments publics de Tozeur (caïdat, poste, contrôle civil, gouvernorat, groupe scolaire) mais aussi dans l’un des premiers hôtels de l’oasis, le Grand Hôtel Bellevue, propriété de la famille Disegni. Cette grande famille juive de Livourne, installée à Tunis, était connue localement pour ses activités dans le domaine de l’exploitation des palmiers-dattiers et dans celui du tourisme avec, par exemple, l’édition de cartes postales, ou bien encore dans celui de la briqueterie. Ainsi, des cartes postales de la gare, éditées dans les années 1910 par la famille, indiquent que le fournisseur des briques de construction n’est autre que T. [Téobaldo] Disegni (1867-1935).

La construction a été attribuée à l’entrepreneur d’origine italienne Almo Pucciarelli, installé à Sfax, qui serait aussi le bâtisseur de l’immeuble « des Monopoles » (ou hôtel des impôts) de Tozeur, construit dans le même style architectural.

Notes

  • [1] Cie des phosphates et chemins de fer de Gafsa (Tunisie), 3 avril 1897.
    Les mines et installations de la Cie tunisienne des phosphates du Djebel Mdilla (Tunisie), Tunis : A. Perrin, 1923. URL : https://octaviana.fr/document/FJDNM050, consulté le 18 janvier 2023.
  • [2] L’Économiste français, 4 juin 1910.
  • [3] Association française pour l’avancement des sciences. 42, Compte-rendu de la 42e session Tunis 1913 ; Le Phosphate, 8 juin 1914.
  • [4] Abdellatif Mrabet, L’art de bâtir au Jérid : étude d’une architecture vernaculaire du Sud tunisien, 2004 ;  Diogo Pereira et Sanja Vrzić, Shapes of Earth, 2022.
  • [5] Dominique Jarrassé, « En six-roues de Biskra à Djerba. Villégiature hivernale, « esthétique de l’oasis » et architecture hôtelière régionaliste » in Cyril Isnart, Charlotte Mus-Jelidi et Colette Zytnicki, Fabrique du tourisme et expériences patrimoniales au Maghreb, XIXe-XXIe siècles, Rabat : Centre Jacques-Berque, 2019. DOI : 10.4000/books.cjb.1407

Carte

Regards artistiques

Shapes of Earth de Sanja Vrzić et Diogo Pereira explore le lien ténu qu’entretient la gare avec à la tradition constructive multiséculaire des oasis du Djerid, à travers un film contemplatif qui capte le processus lent et immuable de la transformation de l’argile brut en brique puis en architecture.

Conception et réalisation

Sanja Vrzić et Diogo Pereira

Licence

CC-BY-NC-ND

Thèmes associés

Activités pédagogiques